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Steppes dorées d’Asie Centrale

 

Un mois riche en découvertes et rencontres dans les steppes d’Asie Centrale pendant lequel nous avons délaissé le blog. Aujourd’hui nous sommes donc fort généreux en nouvelles. Bonne lecture !

En ce 1er septembre, c’est un splendide enchainement de sommets enneigés qui nous accueille à notre atterrissage à Almaty. La principale ville kazakhe est dominée par le pic Talgar haut de 4973 mètres, point culminant de la chaine Trans-Ili Alataou (chaine faisant partie des fameux Monts Tian, ou Monts Célestes).

Nous nous installons dans un logement partagé avec des familles kazakhes et c’est avec la bonne assistance d’une bande de joyeux bambins déchainés que nous remontons nos vélos. Nos cartons d’emballages de vélos sont vite transformés en cabanes dans des explosions de cris et de rires.

Enfants kazakhsRoute vers le Kirghizistan. Passage de frontière presque expéditif. Nous entrons au Kirghizistan et faisons seulement une escale rapide à Bishkek, la capitale.

Puisque nous n’avons pas obtenu notre visa chinois une première fois, et puisque visas et compagnies aériennes nous ont fait traverser bien des déboires, fait perdre beaucoup de temps et d’argent, nous visons dorénavant la sérénité. Notre poursuite hivernale de voyage est inchangée, dès la mi-décembre nous explorerons un des plus grands sanctuaires animaliers de la planète : fonds marins, massifs karstiques, mangroves et villages de pêcheurs, aux Philippines. Même si au départ nous étions un peu froissés de prendre des avions, à présent c’est décidé, nous profiterons de nos derniers mois à vélo sans contraintes de visas, sans paiement de « bakchich », sans perte de temps dans les ambassades, nous pédalerons une boucle vers le Nord de la Thaïlande, le Laos et le Cambodge.

Ce 7 octobre nous arrivons au « pays du sourire » : la Thaïlande !

Depuis Bishkek et la verte vallée de la Chu nous entamons notre ascension, en pente légère. A Koshkor, nous nous installons pour deux nuits dans une charmante maison fleurie. Les maisons d’hôtes sont nombreuses au Kirghizistan, occasion idéale de partager le quotidien de familles kirghizes.

Kochkor possède un marché aux bestiaux qui est certainement de modeste taille en comparaison aux grands marchés d’Asie Centrale. Mais pour nous son atmosphère est la représentation des anciens marchés d’Asie Centrale. Chaque espèce a son quartier : chevaux, vaches, moutons et chèvres. Grouillant de vie, bruyant, odorant, tous les sens sont en éveil. On ne sait plus où porter le regard. On ne sait plus si on doit rire observant un mouton bien gras essayant de se faire la malle poursuivi par un éleveur désemparé, ou s’attrister de voir de pauvres bêtes se faire trainer par les pattes et jeter dans les remorques telles de vulgaires sacs à patates.

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Pour rejoindre le lac Song Kul nous optons pour une piste hors carte. Les paysages sont à couper le souffle. Par contre les derniers kilomètres ne sont pas tout à fait adaptés à nos montures chargées. Nous battons notre record de lenteur avec 4h pour franchir 4km, sur piste de pierres roulantes, avec une inclinaison maximum de pente enregistrée à 31% sur nos compteurs. Cent mètres par cent mètres, nous poussons à deux chaque vélo, un par un. Même si nous parcourrons plus de kilomètres nous atténuons ainsi les efforts par moitié.

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3300 mètres enfin le col ! Nous sommes littéralement scotchés par la vue qui s’ouvre : le lac d’un bleu turquoise entouré par l’immensité dorée des steppes parsemées des quelques yourtes restantes en cette fin d’été. Spectacle absolument magique !

Sur les derniers 100 mètres nous avons l’assistance de Zamir, un berger en attente du camion qui rapatriera sa yourte vers sa ferme d’hiver. Cela fait plusieurs heures qu’il nous observe à la jumelle. Nous nous installons sur l’herbe pour bavarder et rigoler avec Zamir, dans un langage propre à nous trois, inventé pour l’occasion, mais qui fonctionne parfaitement bien. Nicolas fait même sa toute première montée en selle ; il ne pouvait rêver meilleur lieu pour ce baptême. Combien de temps sommes nous restés à bavarder avec Zamir au col ? Deux ou trois heures peut être. Impossible de le savoir. Parfois le temps s’arrête de tourner pendant ce voyage. Nous nous octroyons le luxe de la lenteur.

Magnifique descente vers les immensités steppiques entourant le lac. Il se fait tard et la fatigue nous gagne alors nous nous dirigeons vers une yourte pour demander à la famille l’autorisation de camper à proximité de leur camp. Réponse aussi immédiate que spontanée, ils nous proposent de planter notre tente à coté de leur yourte.

La famille est installée au bord de la rivière, affairée à une curieuse entreprise, faisant fumer un tonneau de bois. Voyant nos regards intrigués, ils nous expliquent qu’ils préparent du « koumis » : la boisson nationale kirghize, breuvage de lait fermenté de jument. Traite des juments, regroupement des troupeaux, préparation du koumis… nous partageons la vie des bergers des hauts plateaux, sous les lumières du soleil couchant ; l’atmosphère est tout simplement féérique !

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Sous la yourte la mère de famille, ne cesse de s’activer : veillant à ce que la table ne désemplisse pas de biscuits, pain, beurre et crème fraiche, à ce que les tasses de thé soient toujours alimentées, préparant le repas et le pain frais, s’occupant du feu… Les trois garçons sont envoyés à remplir les bidons au cours d’eau et à remplir la réserve de bouses séchées, nécessaire à alimenter le poêle, car il fait drôlement froid en dehors de la yourte.

La maman a concocté le dîner pour nous, la famille et un voisin. Flattés de tant d’hospitalité nous dégustons le délicieux repas bien qu’il s’agisse d’une première pour nous : de la viande de cheval. Par conviction personnelle jamais nous n’en avions, ni n’en aurions, mangé volontairement. Mais sous la yourte, offert avec tant de grâce, nous nous sentons honorés.

Deux vieux messieurs débarquent en véhicule pour livrer quelques biscuits et de la vodka. Nous ne comprenons pas un mot de ce qui se dit mais toute la famille est comme captivée par leurs paroles. Arborant fièrement le « kalpak » (chapeau traditionnel de feutre blanc), portant un long bouc blanc, caressé entre chaque réflexion : quelle prestance ! Tout porte en effet à marquer le plus grand respect pour ces anciens. Les rituels bols de thé et de koumis leur sont remis, ainsi que le bon pain frais, avant qu’ils ne prennent congés.

Nous avons vite usé et abusé de notre maigre lexique russophone. Abrutis par les efforts de la journée, par les émotions de ces panoramas et rencontres exceptionnels, nous passons la soirée dans une observation hébétée mais comblée. Nous ne manquons rien des allées et venues sous la yourte, des gestes et activités, des regards et sourires…

Cette nuit dans la tente nous enregistrons -7°. Au petit matin notre petite guitoune et nos fidèles vélos scintillent d’une belle couche de givre.

Nous reprenons la route le ventre plein de délicieux thé au lait tout juste sorti des pis, et de tout aussi frais pains, beurre et crème fraiche.

Après avoir longé les grandes étendues steppiques du bord de lac, un col à 3346 mètres nous fait basculer sur un splendide paysage de type alpin. Une multitude de lacets nous attend. La piste est toujours de mauvaise qualité mais nous verrons par la suite que ce n’est que le commencement d’une longue et éprouvante piste de plusieurs centaines de kilomètres.

Col descente Song Kul 2

En direction de Kazarman, un spectacle chimérique nous entoure. Peu à peu nous sommes plongés dans un décor lunaire. Nous avons grand peine à en profiter en pédalant car il suffit d’une seconde à se laisser aller à l’observation de ce qui nous entoure et on se lance dans un cocasse jeu d’équilibriste pour essayer de se maintenir en selle. La piste est tantôt jonchée de galets et autres pierres roulantes, tantôt sableuse, et tantôt en vaguelettes comme de la taule ondulée qui nous donne une tremblote qui se maintient même une fois descendus de vélo.

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Nous parcourons difficilement 40 à 50km par jour enchainant les cols entre 2200m et 2800m d’altitude. Après cinq jours de vélo  nous atteignons Kazarman. La pluie nous donne la bonne excuse d’une pause, chez l’habitant. Adorable famille d’instituteurs, nous passons des heures à discuter dans un bon anglais.

A cette température pluie à 1300 mètres signifie inévitablement neige aux cols, hors nous devons passer un col à 3000m pour rejoindre la vallée du Fergana. Une nouvelle précipitation est attendue trois jours plus tard, 600 Km nous séparent encore de Bishkek, mais nous devons avancer et puis nous savons que le tracteur doit déblayer le col. Malgré les conseils de la famille de ne pas le tenter, nous nous préparons à partir le lendemain, vivres achetés, repas préparés d’avance, motivation gonflée à bloc… Arrive alors à la nuit tombée un couple de polonais : ils ont mis 11 heures à franchir le col, en taxi. Nous visualisons leurs vidéos et leurs photos, écoutons leurs récits et les conseils très vifs de la mère de famille ; c’est entendu nous passerons le col en véhicule.. A bord du véhicule nous avons un gros pincement au coeur en franchissant le col, nous aurions aimé pédaler dans la neige, mais le terrain était réellement difficile, nous aurions souffert avec nos vélos chargés.

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Arrivés à Jalal Abad, dans la vallée du Fergana, nous avons à peine repris nos vélos qu’une voiture nous accoste, s’arrête pour nous inviter à dormir. C’est absolument inattendu, mais un bon ressenti et un soupçon de curiosité nous poussent à le suivre. Hamdam est ouzbek. La vallée du Fergana, dont les frontières ont été tracées en forme d’entrelacs, est un méli-mélo de Kirghizistan, Ouzbékistan et Tadjikistan où se mêle quantité d’ethnies différentes. Dans cette région kirghize les ouzbeks représentent entre 40 et 50% de la population. Tenant un café-restaurant Hamdam nous offre les meilleures grillades que nous avons mangé, de longue date. Hamdam est aussi un passionné d’activités de montagnes et de vélo, on se régale de ses belles photos de trekking et sorties à vélo. Nous repartons avec un gros pot de son « dopant sportif » : une excellentissime confiture de myrtille, issue de cueillettes en montagne.

La vallée du Fergana est extrêmement fertile, irriguée par des canaux, les champs de culture sont à perte de vue : maïs, tournesol, melon, pastèque, et le très fameux coton du Fergana.

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Fleur de coton

Seules deux étapes dans la vallée et nous sommes déjà en train de grimper vers les hauteurs. Un nouvel enchainement de cols nous attend pour rejoindre Bishkek. La route remonte de splendides gorges que nous pouvons admirer sans crainte d’être basculés au sol,  car dorénavant le bitume facilite considérablement notre avancée. De nombreux troupeaux descendent des estives empruntant la route principale.

Passant un col avant l’arrivée au réservoir d’eau de Toktogul, nous plongeons  droit dans un orage, des éclairs transpercent un inquiétant ciel noir. Nous savons qu’il n’y a guère d’endroit où se mettre à l’abri dans les 30 kilomètres à venir. Alors qu’on vient juste de s’arrêter pour en discuter tous les deux, un poids lourd s’arrête pour nous embarquer. Reflex instinctif, sans rien demander en retour. Hospitalité et entraide aussi simple que spontanée. C’est ainsi que nous a accueilli le Kirghizistan tout au long de notre traversée.

Transhumance en semi-remorque, les vélos se retrouvent en compagnie d’un troupeau de mouton et d’un âne. Nous devons insister pour descendre au village, le chauffeur ne comprend absolument pas pourquoi nous n’acceptons pas de faire route jusqu’à Bishkek avec lui. « Franchir des cols à vélo, sous la neige!!? ». Non vraiment, ça le dépasse complètement !

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Ce petit saut nous permet de passer la nuit à l’abri de pluies et orage, et par la même occasion de rattraper Kevin et Juliette, le joyeux tandem avec qui nous avons déjà fait un bout de chemin en Iran. Nous repartons tous les quatre le lendemain, motivés à franchir un beau col enneigé.

Une fois de plus notre motivation est chamboulée, ce n’est pas la neige qui nous stoppe cette fois, mais on se fait littéralement terrasser par un bol de manti (sorte de raviolis kirghizes). On ne vous fait pas de dessin, les effets secondaires d’une nourriture peu fraiche peuvent être dramatiques. Après un joli bivouac en bord de rivière, nous devons laisser Kevin et Juliette poursuivre sans nous le passage de col, et entamer leur route vers Kochkor. De nouvelles précipitations sont attendues pour le lendemain, alors après trois belles semaines sans réelle pause, nous poursuivons à bord d’un poids lourds vers Bishkek. Ainsi nous avons quelques jours de convalescence et de préparations, sans empressement, avant de prendre notre avion vers Bangkok. Ces trois jours d’avance nous permettent d’arpenter Bishkek. Comme souvent lorsque nous sommes en villes, nous passons des heures à nous perdre dans le bazar. Véritable labyrinthe d’échoppes et étals en tous genres, où s’entremêlent d’enivrantes odeurs d’épices, de fromages et de fruits ; une belle conclusion à notre périple en Asie Centrale.

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Vendeuse de « nan », les délicieux pains kirghizes 

 DSC_5613Adorable compagnon de vélo

 DSC_5342Tapis en feutre traditionnel kirghize