Arménie, au rythme d’un col par jour

Arménie, au rythme d’un col par jour

21 août 2015 5 Par pignon sur monde

Précisément 5694 kilomètres au compteur, nous connaissons notre première crevaison du voyage , à l’approche de la frontière arménienne. S’en suit une grand série en trois jours : 3 pour Nicolas et 1 pour Stéphanie.

Après le passage de frontière nous commençons tout de suite par notre premier col à franchir, mais au bout de 18km nous sommes invités à un barbecue arménien. L’hospitalité fait partie des moeurs en Arménie, et il est délicat de décliner une offre. Il y a à manger pour dix, mais nous ne sommes que 5, c’est à se demander s’ils n’avaient pas anticiper les provisions pour des invités surprises.

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Selon la tradition dans le Caucase, à table, il faut porter des toasts. Trouver le sujet du toast donne lieu à de solennels débats, alors on lève nos verres à : nos mères, nos pères, nos soeurs, nos frères, nos grands-pères, grands-mères, etc. Une fois le tour complet de la famille terminé, on trouve toujours de nouveaux sujets our trinquer : amitié, paix, etc. Compte tenu du sérieux de chaque toast, et du débat presque cérémonial pour en déterminer le sujet, au départ nous obtempérions. Au bout de plusieurs verres de cette eau de vie non-identifiée, nous faisions semblant d’y tremper les lèvres mais malgré cela nous étions bien vite couchés tous les deux ! Un mois en Iran, nous avions oublié ce que le mot alcool signifiait.

Nous versons des litres de sueur pendant l’ascension de notre premier col par 45/47°C. Long de 40km nous partons de 600m et montons à 2500m.

Nous décidons de quitter le seul véritable axe routier de cette partie Sud du pays pour nous rendre au monastère de Tatev. Nouvelle journée et nouveau col à franchir, c’est ainsi en Arménie : un col par jour minimum. Hors en direction de Tatev il s’agit d’une piste poussiéreuse et caillouteuse, avec nids de poule, les poules, cochons et vaches qui vont avec, et quelques camions crachant des nuages noirâtres.

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L’inclinaison de la pente est entre 7 à 12% sur 30Km, avec des pics à 20% où il est presque impossible de pédaler tant les pierres roulent sous nos roues. Nous envisageons sérieusement de passer le col en deux jours, mais comme on dit : « lentement mais surement » (car nous n’avons jamais été aussi lents avec 4km/h). En fin de journée nous atteignons les 2200m et avons la belle récompense d’une arrivée sur le splendide site de Tatev au soleil couchant.

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Classé à l’Unesco, le monastère de Tatev est érigé sur une forteresse naturelle de pierre. Dominant le canyon du Vorotan, le site offre une vue plongeante sur la gorge et les sommets du Karabakh. Surplombant le monastère et les gorges, depuis notre bivouac nous observons les bergers à cheval, qui avec les derniers rayons de soleil conduisent leurs troupeaux à l’étable, ils repartiront avec les premiers rayons alors que nous sommes à peine sortis de notre guitoune.

En montant ces deux cols, nous ne rechignions pas devant les invitations à faire des pauses car en chemin les gens sont adorables avec nous : on nous offre des légumes, des fruits, des glaces, des boissons fraiches, des herbes aromatiques du potager ou de cueillettes sauvages, du thé et même des invitations à pique-niquer avec des travailleurs ou en famille. En deux jours, nous avons reçu tant de fruits qu’on en fait même de la compote pour ne pas les perdre.

En Arménie, on retrouve la joie des bivouacs, des panoramas de montagnes et des observations nature : les sifflements des guêpiers nous accompagnent, et le circaète tournoie en recherche de son repas favori : des rampants. La chaine du Bargouchat est en grande partie boisée de forêt de chênes et hêtres,  les pâturages sont nombreux et la traversée de petits villages également. Nous sommes en pleine saison des foins et des moissons.

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Poursuite vers la capitale. Sur les grands axes arméniens on s’entraine à de nouvelles techniques d’apnée : à l’approche de chacun de ces vieux camions sortis tout droit des grandes années soviétiques nous prenons une grande inspiration et attendons que les nuages noirâtres accompagnant leurs pots d’échappement soient passés pour enfin respirer à nouveau.

Journée de 120km par presque 50°C pour rejoindre Yerevan, la vaste plaine aux pieds du colossal Mont Ararat nous semble interminable. Un pneu de poids lourds explose en mille morceaux en passant à notre niveau, arrachant le garde-boue, nous retenons notre souffle en recevant les pièces décomposées sur la tête espérant ne pas recevoir de plus gros morceaux.

Yerevan, la capitale arménienne bouillonne de vie, d’animations culturelles et musicales, en soirées à chaque coin de rue s’improvise un petit concert, et toutes générations se mêlent pour se trémousser énergiquement.

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Visa de transit turkmène refusé, alors que quelques jours avant, ou après, ça passait. Visa azerbaijani inaccessible, merci l’ambassade française pour leur aimable coopération (ironie). Nous optons pour une traversée de l’Arménie et un vol de Yerevan à Tashkent pour, enfin, rejoindre l’Ouzbékistan. Bilan notre vol part en retard de Yerevan, nous manquons de peu notre correspondance pour Tashkent, et restons tels des clandestins dans une petite zone douanière de l’aéroport de Moscow, pendant 17h…. ! Pas d’anglophones à l’aéroport, et nous ne parlons pas russe, on vous laisse imaginer les négociations oiseuses ! La compagnie n’a aucun vol de remplacement, tous les vols suivants sont complets et nous ne sommes pas autorisés à rester dans cette zone de transit sans boarding pass ni visa russe. Résultat, la douane russe nous met dehors. Retour à la case départ, sans passer par la case CHANCE. Nous re-voila à Yerevan… en plein remue-méninges, les vols pour Tashkent sont hors de prix et nous ne voulons guère ré-opter pour cette compagnie complètement branque…

 Poisse vs Malchance

Nos vélos sont remontés, prêts à repartir. Résultat de notre remue-méninges : nous abandonnons l’Ouzbékistan car notre visa sera bientôt trop avancé pour envisager d’en profiter, nous allons donc serpenter le Caucase : Arménie et Géorgie. Nous prendrons un vol de Tbilissi vers Almaty au Kazakhstan le 1er septembre pour y trouver les grands espaces steppiques de notre tracé initial. Nous espérons laisser notre scoumoune en Arménie : espérons que la compagnie kazakh sera plus fiable que les russes, et que nous obtiendrons le visa chinois.

Notre rêve de traversée cyclopédique des routes de la soie est chamboulé, mais nous ne voulons pas rester nous morfondre, nous laissons ces mésaventures derrière nous et poursuivons notre route sachant que ces imprévus nous permettent de rebondir sur de nouvelles découvertes : nous adorons le Caucase !

Route vers la Géorgie, en zigzagant en Arménie.

Perché à presque 2000 mètres d’altitude, le lac Sevan est une véritable mer intérieure, long de 80 km et 30km sur son point le plus large. Véritable côte d’Azur arménienne les plages privées du lac sont bondées l’été. Les 70km de route qui séparent Yerevan du lac sont jonchés d’échoppes de bouées, serviettes de plages et maillots tous plus colorés, kitchs ou grossiers les uns que les autres.

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Parc national de Dilijian, dont le surnom de « Suisse de l’Arménie » est un peu exagéré mais on apprécie tout de même sa verdure, les charmes de ses paysages alpins avec ses vastes forêts, ses troupeaux descendant des pâturages le tout surplombé de beaux sommets.

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L’envers du décor est bien moins charmant, c’est dans le parc de Dilijian que nous croisons la plus écoeurante décharge de notre traversée. La Turquie nous avait déjà fait le même effet : l’absence de gestion des déchets nous écoeure en Arménie. Pourtant les nouveaux modes de consommation et produits abusant des emballages plastiques abondent. Nous refusons dorénavant les sacs plastiques en achetant des provisions et filtrons autant que possible notre eau. Même si nous attendons systématiquement de trouver une bene à ordures pour jeter nos poubelles, nous savons que les décharges sont en extérieurs, souvent versées dans un canyon ou un rentrant. Derrière échoppes ou maisons individuelles, les tas d’ordures collectées sont brulés chaque matin dégageant de pestilentiels nuages de plastiques brulés. Les Arméniens sont friands de pique-niques, à juste titre car la nature est si belle ; mais sur tous ces sites de pique-niques, bords des cours d’eau, abords de routes ou sites touristiques, pas un seul coin de cette belle nature n’est épargné par les déchets qui jonchent le sol en abondance.

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Heureusement que dans les campagnes isolées que nous traversons les déchets sont moins nombreux, nous nous régalons malgré tout devant la beauté des paysages.

Nous nous arrêtons aussi systématiquement pour observer la beauté des khatchkar : littéralement « croix-pierres », ce sont des dalles de pierres sur lesquelles sont sculptées des croix. Au contraire des calvaires et crucifix occidentaux, les splendides entrelacs des khatchkar représentent des arbres de vie et des symboles (végataux ou abstraits) d’immortalité.

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Nous choisissons la frontière arméno-géorgienne la moins empruntée, ambiance rurale, toujours au rythme d’un col par jour.

Topo final en Arménie : 576 kilomètres pédalés et un total de 11200 mètres de dénivelés positifs, en 9 jours (hors ville).

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