Anatolie Orientale: Cappadoce & Kurdistan

Anatolie Orientale: Cappadoce & Kurdistan

4 juillet 2015 5 Par pignon sur monde

La connexion internet est bien mauvaise depuis quelques semaines, nous avons bien de la peine à alimenter notre blog, alors nous nous contenterons de quelques nouvelles écrites pour aujourd’hui et certainement les fois prochaines.

Erratum, nous avons trouve une connexion correcte pour quelques images compressees !

Au départ d’Ankara, nous filons vers le Tuz Golu : littéralement lac de sel. Sorte d’Uyuni bolivien mais en version miniature. Bondé de touristes (majoritairement asiatiques), nous ne nous y attardons pas et poursuivons dans les hauteurs de la Cappadoce.

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Chaque jour nous avons au minimum un orage. Un jour nous n’avons pas encore eu le temps de nous abriter et il y a déjà tant d’eau que nous recevons des tsunamis au passage de chaque camion. Heureusement une camionnette vient spontanément à notre secours et nous conduit à destination.

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En Cappadoce, nous laissons nos vélos pour user un peu nos chaussures de marche aux pieds des volcans Ercyires et Hassan. La Cappadoce, qui fut le refuge des chrétiens byzantins entre les 4e et 11e siècles, a quantité d’églises, de monastères, d’habitats et cités troglodytes. Pour rentrer de balades, le stop fonctionne incroyablement bien en Turquie ; un jour un monsieur fait même demi-tour pour nous conduire à notre bivouac.

Passage incontournable à Goreme, charmant village à l’atmosphère lunaire, mais aussi véritable plaque-tournante du tourisme. Après bivouacs sauvages et nature isolée, nous avons l’impression d’être à Disneyland avec ces hordes de touristes qui grouillent, les va-et-vient de quads, les échoppes, les restaurants coréens, les balades à dos de dromadaires… Sans oublier les fameux envols de montgolfières au levé du soleil ; un matin nous en comptons presque 80, à hauteur de 5 à 20 personnes dans chaque nacelle pour environ 150-200 euros par personne, le tourisme est un business drôlement lucratif.

Malgré cette affluence, le tourisme de masse est peu marcheur et il est facile de s’écarter et se perdre dans les petits sentiers, admirer l’incroyable travail de l’érosion sur le tuf aux nuances de couleurs allant de miel à rouille. On se régale dans ce décor digne d’un épisode de Star Wars où on s’attend à tout moment à voir débarquer Chewbacca.

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Nous poursuivons notre route sur les hauts plateaux d’Anatolie Orientale, peu à peu les cols à franchir s’élèvent dépassent les 2000 mètres. Sur notre chemin, arrêts dans quelques-uns des anciens caravansérails des routes de la soie. Arrêt à Sivas, ancienne ville étudiante de l’époque ottomane, elle comptait plus d’une dizaine de medressa (école coranique).

Pause administrative dans la ville la plus religieuse du pays : Erzurum, où nous obtenons avec grande facilité nos visas pour l’Iran.

Depuis 2 semaines nous avons rencontré bon nombre de cyclovoyageurs d’origine européenne : belges, hongrois, basque, allemand, néerlandais, français… Les projets et motivations sont variés, mais c’est l’occasion d’échanger nos bons conseils et nos vécus.

Dernières étapes avant la frontière iranienne avec toujours des orages au quotidien. Au bout d’un mois d’orages, nous avons développé un regard expert sur le cumulonimbus en formation. Généralement nous anticipons et nous mettons à l’abri de la pluie et de la foudre, mais parfois on n’échappe pas à quelques bonnes saucées.

Un jour, nous nous abritons de justesse dans une station service alors que la pluie forcit. Nous y passerons la matinée car en une heure d’orage, la route est coupée. Dans ces régions steppiques, avec le relief et la végétation rase, les pluies diluviennes des orages s’écoulent si violemment qu’elles charrient pierres et boue avec une puissance incroyable. Deux joyeux irlandais en motos qui ont tenté en vain de traverser vers l’Ouest nous rejoignent autour d’un thé.

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Nous sommes au Kurdistan depuis deux jours, ce sont des kurdes qui nous accueillent au sec dans cette station service, avec du thé bien chaud et le chauffage pour nous sécher.

Dernier soir en Turquie, alors que nous cherchons à bivouaquer, nous sommes accueillis par des maraichers kurdes dans un ancien restaurant routier. Nous sommes à l’abri aux pieds de l’impressionnant Mont Ararat. Malgré les pluies le mont sacré des Arméniens est parfaitement découvert et illuminé par le soleil couchant : une merveille ! Nos partageons avec nos hôtes kurdes un délicieux dîner et petit-déjeuner. Quel accueil ! Nous sommes touchés par ces personnes qui respirent la bonté.

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Peuple sans droits, nation sans état, les kurdes ont pourtant une identité culturelle, linguistique et politique forte. A l’après guerre en 1920 les puissances alliés promettent la création d’un grand état kurde, mais en 1923 la nouvelle république turque d’Ataturk ne le voit pas de cet œil : interdisant de parler la langue kurde, de porter des noms kurdes, même le mot« kurde »était interdit et l’on désignait les 15 millions de kurdes du pays comme les « turcs des montagnes ». Les kurdes sont relégués au statut de minorités dans quatre état : Iran, Irak, Turquie et Syrie (et constituent une forte diaspora en Europe). Leurs terres étant riches en pétrole et en eau, aucun des quatre n’est prêt à leur octroyer l’indépendance. L’un des obstacles principaux à l’entrée de la Turquie dans l’Europe en 2005 était justement la marginalisation de la minorité kurde.

DSC_9549Nous quittons nos amis kurdes le cœur gros, mais sommes vite refroidis par notre passage de frontière.

Dans la ville frontalière, mais surtout dans les campagnes alentours, des enfants et adolescents nous sollicitent pour de l’argent, plusieurs jeunes nous coursent en criant « money, money », dont un groupe armés de bâtons, masques de clowns aux visages. L’un d’eux s’accroche au vélo de Stéphanie et réussi à lui voler son filet de linge qui sèche. Il repartira avec un tee-shirt et quelques petites culottes. Nous doutons fort qu’ils en tirent gros au marché noir.

Les tee-shirts étant interdits en Iran pour les femmes, on s’en passera, mais ces vauriens auront tout de même réussi à nous donner une bonne montée d’adrénaline !

A la douane iranienne, on nous fait patienter pendant des heures, puis on nous prend toutes nos empruntes digitales, etc. Nous sympathisons avec un militaire qui s’excuse en nous expliquant qu’ils sont tenus de faire ainsi car c’est ce qu’impose la France aux iraniens. Nous sommes surpris en discutant avec un cyclovoyageur tchèque d’apprendre qu’il n’a passé que 5 minutes au poste-frontière.

Cela fait 1 semaine que nous sommes en Iran, dans quelques jours nous publions quelques nouvelles.