България, Bulgarska, ou Bulgarie

България, Bulgarska, ou Bulgarie

3 juin 2015 5 Par pignon sur monde

Avant-tout, nous tenons à faire suite au commentaire d’Antoine qui a absolument raison : il était peu délicat de notre part de rouler sur les serpents pour de soit-disant amoureux de la nature. Nous tenons à préciser, si ce n’était pas suffisamment évident, que nous ne l’avions pas vu et avons chamboulé cette pauvre bête par mégarde. La couleuvre est repartie dans les herbages, nous espérons ne pas l’avoir blessée.

Revenons à nos derniers coups de pédales…

Après notre beau bivouac au bord du Danube avec Sophie, Simon et Gali (qui sont arrivés à Constanta et à qui nous souhaitons un bon retour en Bretagne), nous franchissons le pont au petit matin pour entrer dans la ville bulgare de Vidin. Notre première approche de la Bulgarie nous semble froide et austère, car personne ne répond à nos salutations. De plus la ville est sérieusement délabrée, mais nous ne nous arrêtons pas là, car souvent les villes frontalières ne sont guère accueillantes.

La route de campagne que nous suivons est la voie de transport routier principale entre l’Europe Occidentale et Istanbul. Une route d’un revêtement de patchwork de bitumes troués. Nous traversons de petits villages où nous recevons rarement réponses à nos salutations et sourires. Certainement sommes nous trop habitués aux chaleureuses Serbie et Roumanie, qui ont placés la barre bien haute.

Alors qu’une nouvelle journée en Bulgarie commence sous la pluie, nous optons pour le train pour éviter la route passante et rejoindre les 100 km manquants pour Sofia. Voyager en train en Bulgarie est toute une aventure, et nous ne regrettons pas notre choix. La communication n’est pas évidente car pas d’anglophones dans les campagnes et affichages en cyrillique. Les trains datent de l’époque communiste et avancent à un rythme lent dans un fracassant ronronnement métallique.

A l’arrivée à Sofia, nous déjouons les tours de passe-passe de filous à l’affut de moments de faiblesses de touristes et nous nous engouffrons dans la circulation de la capitale bulgare sous la pluie.

Notre chemin croise celui de Guido et Agnès, cyclovoyageurs retraités de Belgique, en route pour l’Inde. Ils ont passé la journée entière sur la nationale et nous disent « plus jamais ça » ; nous sommes contents d’avoir choisi le train. Nous suivrons un itinéraire similaire jusqu’aux portes de la Chine, nous espérons que nous pourrons partager un thé tous les quatre, quelque-part en Asie Centrale.

Nous ne nous attardons pas à Sofia, ne trouvant pas grand charme à la ville et filons non loin de là, vers la deuxième ville de Bulgarie : Plovdiv. La petite ville-musée nous enchante complètement et nous sommes ravis d’y passer notre anniversaire : deux mois sur la route, ça se fête ! Il fait bon flâner dans les petites ruelles pavées du vieux centre historique, entre églises orthodoxes, maisons ottomanes et théâtre romain datant du 2eme siècle. A deux pas, l’atmosphère est bon-enfant dans l’artère commerciale principale de la ville. Artère qui n’est autre que l’ancien hippodrome romain dont il reste encore des vestiges admirablement bien conservés, restaurés et aménagés. Il y a quelques semaines, Plovdiv a été officiellement désignée capitale européenne de la culture 2019 par l’Union Européenne.

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Souhaitant éviter les grands axes, nous choisissons de rouler dans les Rhodopes : chaine de montagne des Balkans séparant Grèce et Bulgarie. En toute tranquillité, nous pédalons dans un relief et des paysages verdoyants, traversant quelques petits villages, observant les nombreux troupeaux d’ovidés ou bovidés et leurs bergers… Durant toute notre traversée de la Bulgarie nous sommes sous la pluie, la grêle ou l’orage, nous jonglons entre capes de pluie et tee shirt, en profitant des belles lumières des orages. Nous sentons que la Turquie approche car les clochers orthodoxes sont remplacés par les minarets. Depuis nos bivouacs hauts perchés en montagne nous entendons l’appel à la prière résonner en contrebas.

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Toujours dans le but d’éviter les grands axes, nous traversons la Grèce le temps d’une journée et d’un bivouac. Retour en contrée orthodoxe, nous ressentons fortement la ferveur religieuse des grecs.

Pour atteindre la frontière turque, la traversée de la rivière Ardas se fait à gué, confiants et innocents nous quittons tout de même nos chaussures pour opter pour nos tongs, sait-on jamais. Nous n’avions pas anticiper la couche d’algue, glissante au possible : à peine 30 mètres Nicolas commence à guidonner, se retrouve le vélo couché dans l’eau et voit une de ses tongs partir avec le courant. Quelques 60 mètres plus loin, Stéphanie se fait littéralement faucher net et plonge entièrement dans l’eau. Après une course oscillante, Nicolas réussi à récupérer sa tong. Nous terminerons les 150 mètres restants ruisselants à côté des vélos, à pied, d’un pas perplexe. Vive les sacoches étanches et les vêtements de rechange à portée de main !

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Quelques centaines de mètres plus loin, des algues accrochées à nos rayons, une chaine qui casse.. Décidément. Nous arrivons enfin à la frontière, bien plus tard qu’escompté. Enfin la Turquie !