Au pays des coupeurs de têtes

Presque deux semaines que nous enchainons un véritable marathon des retrouvailles familiales, sous un ciel larmoyant, tant en Bretagne qu’au Pays Basque.

Ce début 2016 nous avons été bien silencieux, faute de connexion suffisamment rapide il nous était impossible de charger la moindre image ou nouvelle, pourtant notre quotidien a été richement rempli de nouvelles découvertes et du magnifique sourire philippin ! Nous publions aujourd’hui quelques nouvelles et images restées en attente, et une vidéo d’Asie Centrale suit de près…


Ce mois de janvier, Nicolas poursuit sa formation de Dive Master au centre de plongée à El Nido mais trouve le temps de s’échapper quelques jours en expédition plongée à Coron dans le nord de Palawan.

Une navigation de 7 heures est nécessaire pour rejoindre l’île de Busuanga. Au fil des eaux turquoises défilent îles et îlots du nord de Palawan, le bateau fait escale dans un petit village de pêcheurs du bout du monde aux maisons sur pilotis. Arrivée à Coron, où le 24 septembre 1944 une quinzaine de bateaux de ravitaillement de l’armée japonaise, qui se cachaient dans la baie, ont été coulé par les forces de l’air américaines. Promenades sous-marines dans les entrailles de quatre épaves coulées entre 20 et 30 mètres. La plongée la plus technique de l’expédition est sur l’épave Irako : à 40 mètres de profondeur entrée dans l’épave par une étroite fissure située proche du propulseur, presque impossible de se mouvoir dans cet étroit boyau métallique où chaque coup de palme doit être maitrisé pour éviter de soulever les fonds sablonneux et s’assurer une visibilité minimum. De petites pièces en petites pièces, découverte du bateau.

Autre curiosité : le lac d’origine volcanique Barracuda qui possède une étrange thermocline (différence de température entre deux eaux). Sous l’eau, nous passons d’une température de 28°C à 38°C. En franchissant les thermoclines, les strates des différentes couches d’eaux sont nettement visibles.

Coron épaves


Pendant ce temps Sophie & Stéphanie partent explorer les terres, commençant par le centre de l’île de Palawan.

Escale à Sabang pour découvrir la rivière souterraine, un site classé au patrimoine mondial naturel à l’unesco. Chaque jour des centaines de visiteurs, principalement philippins, arrivent à Sabang, embarquent en direction de la rivière et repartent après le déjeuner. Ainsi malgré la forte fréquentation, le village est agréablement calme en soirée et quantité de randonnées alentours sont possibles et ne sont absolument pas fréquentées.

Au petit matin, c’est avec grand plaisir que nous partons en barque découvrir la mangrove alors que la faune est en éveil : des singes sont en recherche de nourriture, chasseurs nocturnes les beaux serpents des mangroves se lovent sur les branches pour leur sommeil diurne, et quantité d’oiseaux se font voir et entendre.

Mangrove

En compagnie d’une jeune guide locale, nous rejoignons la rivière souterraine à pied lors d’une charmante randonnée en pleine jungle à l’écart des foules. Incroyable atmosphère tropicale, les arbres rivalisent entre largeurs de tronc et hauteur de cimes et nous traversons des chaos de karst percés de toutes parts.

Rando forêt

A l’entrée de la rivière des centaines de visiteurs attendent, quelques singes sont à l’affut de nourriture facilement dérobée aux touristes et d’énormes varans passent nonchalamment. La rivière souterraine, longue de 8 km, est un gouffre dont les plafonds atteignent jusqu’à 90 mètres de hauteur. Par milliers les chauves-souris recouvrent l’ensemble des parois au dessus de nos têtes et les guides ne cessent de répéter de « ne pas ouvrir la bouche en regardant au dessus de vos têtes ! ».

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Nous décollons vers l’île principale des Philippines : Luzon, et atterrissons à Manille. La capitale des Philippines est à l’image des joyeux désordres bouillonnants d’Asie. Mais la ville est tout particulièrement généreuse en odeurs pestilentielles variant de l’urine, aux poubelles et eaux croupies. La « plage » est un étonnant amoncellement de plastiques et autres détritus dans lequel se baignent et jouent des enfants. Pourtant, passant outre ces constats désolants sur la triste gestion des déchets et du traitement des eaux usées, en sillonnant un peu, la ville révèle ses charmes et points d’intérêts. Le cimetière chinois est une étonnante ville dans la ville, où les tombeaux semblent être de douillets lofts, avec même pour certains d’entre eux la climatisation et l’eau courante. Le Parc Rizal accueillent des dizaines de promeneurs, amoureux et familles, les uns pique-niquent alors que les autres jouent aux cartes, des étudiants rient et des enfants jouent, des groupes s’entrainent aux arts martiaux alors que d’autres font leur jogging. Enfin, coeur historique de la colonie espagnole : Intramuros. Cette ville coloniale fortifiée au sein de Manille a été presque entièrement détruite par les japonais pendant la guerre. Malgré les ravages de la guerre, Intramuros a conservé beaucoup de charmes avec ses rues pavées, ses bâtisses coloniales, ses églises dont l’église San Agustin classée au patrimoine mondial à l’unesco.

Manille

Nous prenons la route vers la Cordillère Centrale, de virage en virage, la route s’élève progressivement. Arrivée dans la région de Banaue au petit matin, pour observer le lever de soleil à travers les nuages. C’est notre seule éclaircie du jour car une pluie diluvienne s’abat sur le relief et nous passons la journée la tête dans la grisaille humide ; une météo digne de la saison humide ! Les jours suivants la grisaille s’estompe peu à peu, nous rejoignons le village de Batad classé au patrimoine mondial de l’unesco pour ses incroyables rizières en terrasses.

Batad

Les minorités ethniques sont nombreuses sur l’île de Luzon, et tout particulièrement dans la cordillère. A Batad nous sommes en région Ifugao. Les enfants apprennent la langue ifugao à la maison, puis l’anglais et le tagalog à l’école.

Rares sont les personnes qui revêtent encore les tenues traditionnelles, hors période de festivals. Pourtant aux points de vue sur les rizières des silhouettes chétives, transies par le froid et écrasées par le poids des années somnolent. Restant recroquevillées jusqu’à l’approche d’un véhicule de tourisme, alors elles s’agitent, déploient leurs couvertures et laissent apparaitre de belles tenues ifugao. Pour ces anciens, à qui l’on ne saurait donner d’âge, quelques pesos obtenus grâce aux photos des touristes sont un bon complément d’argent à apporter à la famille.

Nous poursuivons la traversée de la cordillère, entre Banaue et Bontoc la route s’élève dans les nuages ne laissant apparaitre que d’énigmatiques silhouettes de fougères arborescentes. Un premier col passé et la route dévoile peu à peu une succession d’incroyables panoramas sur le relief et toujours plus de rizières en terrasses.

Lors d’une visite de l’excellent musée ethnographique de Bontoc, nous découvrons les différentes coutumes ancestrales des tribus de la cordillère. Nous observons avec frissons des clichés du début du 20e siècle de chasseurs de tête rentrant fièrement de « chasse » avec leur trophée humain, sans tête, cette dernière étant exposée en trophée de chasse dans le coeur de village. Pratique aujourd’hui disparue.

Quelques cols plus loin, la charmante petite bourgade de montagnes de Sagada est couverte de pinèdes, un vrai régal pour partir en randonnée dans les alentours. Sagada est surtout connue pour ses grottes ses curieux cimetières, car les anciens ne se font pas enterrer, mais suspendre aux parois des falaises.

Cercueil

La traversée de la cordillère se poursuit, de cols en cols, de balcons en balcons, les paysages sont à couper le souffle ! Escale rapide à Baguio, grosse bourgade étudiante au marché bouillonnant de vie.

Il est temps de rejoindre l’île de Palawan, et El Nido, car le retour approche…

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Jeune Ifugao au sourire malicieux

DSC_1102Batad, classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO pour ses rizières en terrasses

DSC_0658Manille pendant les fêtes de l’ASEAN (regroupement des pays du sud-est asiatique)

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Sabang

Bientôt rentrés…

Nous sommes sur le chemin du retour ! Après un mois de janvier bien rempli et sans connexion web suffisante pour alimenter le blog, nous avons quantité de photos, nouvelles et vidéos à partager dans les jours à venir !
Petite escale londonienne, nous savourons un bon choc thermique ayant perdu 30° en l’espace d’un vol… l’acclimatation est bien plus douce en se déplaçant à vélos !!

Rendez-vous dans la semaine pour de nouveaux albums photos, vidéos et nouvelles !

 

***Bonne Année 2016***

Depuis le début du mois, nous essayons vainement d’insérer textes et images mais la connexion web ne nous le permet pas.

Alors avant que janvier ne touche à sa fin, nous vous joignons cette carte ensoleillée pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2016 !

Nous avons entamé notre dernier mois de voyage, un mois qui s’annonce bien rempli : Nicolas est parti en plongées d’exploration d’épaves datant de la guerre aux alentours de Coron, alors que Sophie et Stéphanie arpentent le relief philippin avec ses rizières en terrasses et ses volcans, mais aussi ses denses forts tropicales et incroyables mangroves.

Nous avons quantité d’images à partager, nous en réservons les meilleures pour début février alors que nous aurons retrouver une connexion internet suffisante pour une mise en ligne.

Rendez-vous dans trois petites semaines…

Philippines entre terre et mer

Archipel riche de 7107 îles et îlots, nous arrivons aux Philippines sur l’île de Palawan. Nous faisons escale à Puerto Princesa où nous sommes accueillis par des chants de Noël et un sapin haut d’une quinzaine de mètres. C’est une bonne piqure de rappel pour nous faire réaliser que nous sommes en hiver, car ce climat et cette végétation tropicale nous induisent facilement en erreur. Partis en hiver de Bretagne nous avons fait le tour des saisons.

Retour en terre catholique après avoir traversé en 19 pays un riche éventail du fait religieux mondial : depuis les confessions chrétiennes catholique et orthodoxe, les confessions musulmanes sunnites et chiites, le zoroastrisme, puis le bouddhiste theravada, sans oublier l’animisme originel encore vivement présent dans de nombreuses régions.

Bien que géographiquement en Asie du Sud Est, les Philippines dénotent culturellement de par une constitution multi-ethnique et un héritage issu d’un mélange de 300 ans de colonie espagnole suivie de 50 ans d’occupation américaine. Toute l’administration est rédigée en langue anglaise, et le niveau d’anglais est généralement bon, nous facilitant la communication.

Notre équipe s’agrandit puisqu’à Puerto Princesa, fraichement débarquée de Bordeaux, Sophie vient apporter quelques sonorités chantantes du Sud Ouest à notre quotidien.

Nous rejoignons tous les trois El Nido au Nord de l’île. Ancien village de pêcheur, El Nido est devenu une petite cité balnéaire. Elue « meilleure île du monde » l’an dernier par différents magazines de tourisme, Palawan connait une affluence touristique grandissante.

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Nous posons nos sacoches à Caalan, situé à deux pas du centre de El Nido ce petit village est relié seulement par une étroite piste accessible seulement aux deux et « trois roues ». Contrastant avec l’ébullition touristique de El Nido nous savourons l’ambiance rurale de Caalan. Nous sommes à 100 mètres de la plage entourés de cocotiers, nos propriétaires et notre voisinage familial sont aussi souriants que chaleureux, les enfants jouent, les chiens et chiots déambulent et les coqs chantent à longueur de journée.

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Hauts perchés, comme sur des échasses, les coqs sont entrainés au combat ainsi ils passent leurs journées attachés à une cordelette. Passion indétronable des philippins, les combats de coqs sont un véritable sport national, chaque famille possède au minimum un ou deux coqs et les combats sont fréquents sur les chaines télévisées nationales. Après avoir énergiquement crié leurs mises, le combat est aussi rapide que violent et le perdant fini immanquablement à la casserole.

Aux Philippines nous découvrons aussi le « tuk tuk » local, appelé « tricycle ». Il s’agit d’une moto enveloppée d’une carrosserie avec une troisième roue, ces moto-taxi peuvent accueillir 3 à 4 passagers.

Chaque soir sur la plage de El Nido de jeunes garçons, petites glacières aux bras, crient « balut ! ». Les balut sont des oeufs de cane bouillis dont l’embryon est partiellement développé. Même si nous nous régalons toujours par la découverte des gastrotomies locales nous ne nous y risquerons peut être pas à toutes les spécialités philippines telles que les balut ou la viande de chien. Nous ne manquons pas de savourer les bons poissons frais et les fruits sucrés (la mangue des Philippines a d’ailleurs déjà été inscrite au guiness des records comme fruit le plus sucré au monde).

Pour célébrer notre arrivée le ciel bleu indigo prend une inquiétante tournure noirâtre et le vent souffle : le typhon Melar traverse les Philippines. Généralement épargnée des typhons, l’île de Palawan ne connait bien heureusement pas les mêmes séquelles que quelques unes de ses voisines du Nord Est. Malgré cela les bankas de la baie sont conduites dans une baie voisine plus abritée, toutes les sorties dans l’archipel sont annulées. Pendant une petite semaine, la petite ville touristique se met en pause, nous nous contentons de repos, lectures et petites balades alentours.

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Le beau temps revenu, Nicolas passe toutes ses journées sous l’eau puisqu’il a entamé sa formation de guide de plongée avec Florent un ami de Lyon qui tient le centre de plongée Aquanaut depuis quelques années. C’est à bord de « banka », le bateau traditionnel de bois, que les excursions sous-marines partent tous les matins dans l’archipel de Bacuit (site découvert par le commandant Cousteau). Dès la première plongée une raie manta accompagne leur sortie, c’est la chance du nouvel arrivé car on ne les observe que rarement dans cette zone. Sous l’eau c’est un festival de formes et de couleurs, avec des centaines d’espèces sous marines : tortue, raie, poisson clown, poisson coffre, poisson globe, poisson papillon, manti…

Underwater4Pendant ce temps là, le nouveau duo terrestre exclusivement féminin : Stéphanie et Sophie, explore les environs à pied, à vélo ou en kayak.

Depuis El Nido la mer est perlée d’îles et îlots éloignés de quelques kilomètres les uns des autres, une zone idéale pour la découverte par les eaux en kayak. Non plus à coups de pédales, mais à coups de pagaies, nous glissons d’une plage à une autre, d’un site de snorkeling à un autre, avec notamment plusieurs jardins de coraux (snorkeling : nage avec palmes, masques et tubas). Avec 200 espèces de coraux recensées, les Philippines peuvent s’enorgueillir du 2e rang mondial en terme de diversité. Aux coraux s’ajoutent l’incroyable diversité de poissons et crustacés.

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Même si la notion d’écologie ne respecte pas du tout les mêmes critères que ceux que nous attendons en Europe, l’île de Palawan se veut inscrite dans une démarche de protection de l’environnement ainsi des dizaines de sites sont classés comme « zones protégées ».

A quelques kilomètres en vélo du village une plage de sable blanc est idéale pour la natation, que de mieux pour un bon réveil matinal que quelques brasses dans les eaux à 30°. Plus au nord à une vingtaine de kilomètres de route et pistes, traversant de beaux paysages verdoyants de rizières et forêts tropicales, une large plage s’ouvre sur le large laissant entrer quelques vagues.

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Fervents croyants et pratiquants la fête de Noël est importante aux Philippines, toute la semaine précédent le 25 des groupes de villageois, bonnets de Père Noël sur la tête, passent de maison en maison pour chanter des chants de Noël traditionnels mêlant la langue anglaise et tagalog.

A la veille de 2016 les pétards et autres feux d’artifices retentissent depuis le petit matin annonçant le réveillon du soir.

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IMG_2879« Kopi » la mascotte du centre de plongée

Campagnes tranquilles du Laos Sud

Depuis Paksé nous entamons notre ascension vers le plateau des Boloven. Malgré heure matinale, crème solaire, couvre-chef et tenue adaptée, déjà le soleil nous brûle et nous nous réfugions à l’ombre dès qu’une occasion se présente. Au bout de 20 km, nous revenons sur nos pas assommés, et nous dormons toute l’après midi. La tête grosse comme une pastèque, nous avons tous deux frôlé l’insolation.

Nous n’avons plus que deux semaines devant nous, alors c’est décidé : nous échangeons notre moyen de locomotion. Nous repartons à la découverte du plateau toujours sur deux roues mais cette fois avec un moteur, afin d’en découvrir un maximum dans un court délai.

Passage incontournable par le charmant village de Champassak qui abrite le temple de Vat Phu. Ce magnifique temple d’architecture khmère et de religion hindouiste est classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Situé au pied du mont Phou Kao qui attire l’attention par sa forme, identifiée dans l’antiquité à un linga, le symbole phallique de Shiva ; d’où son nom ancien de Lingaparvata, et sa réputation de montagne sacrée.

Sur le plateau nous traversons de nombreux petits villages aux petites maisons sur pilotis. Le plateau est peuplé par différentes ethnies, notamment par les Katu. Pendant la guerre de nombreuses familles de l’ethnie Katu ont fuit leurs forêts d’origines, proches de la piste Ho Chi Minh, s’installant dans les Boloven pour cultiver café, manioc, papaye, banane, et bien d’autres fruits.

Nous découvrons quelques cascades toutes aussi belles les unes que les autres. Tad Fan la plus impressionnante plonge dans un gouffre de presque 200 m de profondeur.

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Sous le charme du paisible village de Tad Lo nous nous installons dans un petit bungalow aux murs de bambou tressé, au dessus de la rivière. Nous n’avons que deux pas à faire pour une baignade matinale dans la rivière. La maitresse de maison, excellente cuisinière, nous régale d’une cuisine fraiche. Son poisson ne pourrait être plus frais puisqu’à notre grande surprise elle l’écaille « vivant » ! A chaque fin de repas d’immenses salades de papayes et bananes nous sont gentiment offertes.

Porcelets, bufflons, veaux, canetons, poussins, chevreaux, chiots, chatons… ça grouille partout ! Le village est une sorte de grande ferme pédagogique. Parmi eux les enfants courent et jouent de toutes parts, en toute liberté, sans interdits : quelques garçons jouent fièrement aux billes sous le regard des jeunes filles, à longueur de journée petits et moyens grignotent des boulettes de riz gluant ou du tamarin, et il y a constamment une bande faisant des sauts périlleux pour se jeter dans la rivière puis se débattant maladroitement dans l’eau pour rejoindre la rive. Tous nus pour les plus jeunes et habillées pour les jeunes filles, car au Laos le bikini est perçu presque comme la nudité, ainsi dès l’adolescence les femmes se baignent habillées.

Tad Lo

Nous serions restés dans ce paisible village bien plus longtemps… mais la route reprend et nous poursuivons notre découverte du plateau et ses cultures de café. Région volcanique à la terre fertile, le plateau est exploité depuis les années 20 par les colons français qui y ont implanté la culture du café.

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Séchage des grains de café

Nous poursuivons dans la lancée, pour bien conclure notre voyage en Asie du Sud Est, nous louons un bungalow au tarif exorbitant de 2 euros par nuit sur l’île de Don Det. Nous surplombons le Mékong dans la région des 4000 îles où le fleuve atteint jusqu’à 14km de largeur maximale.

Notre programme est densément chargé : tour de l’île au soleil levant, sieste en hamac aux heures chaudes, dégustation de jus de fruits frais, balades à vélo le long d’étroites pistes de jungle, baignades aux cascades, belles observations ornithologiques, observation des techniques de pêches locales ou des moissons du riz….. nous nous mettons facilement au rythme local dont le mot d’ordre est la « tranquillité ».

Don Det

4000 îles

Reprise de la route pour franchir la frontière avec la Thaïlande, nous devons rejoindre Bangkok d’où nous décollons pour les Philippines. Ce sont nos derniers kilomètres, puisque notre périple à vélo touche à sa fin.

Avec près de 10000 km pédalés en 8 mois, une vingtaine de pays traversés, des dizaines de cols franchis dévoilant tout autant de paysages à couper le souffle, et par dessus tout des centaines de belles rencontres et riches échanges qui resteront gravés dans nos mémoires.

L’aventure n’est pas terminée puisque nous prenons la direction les Philippines pour y découvrir fonds marins colorés, massifs karstiques, rizières en terrasses, mangroves et villages de pêcheurs !

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Au fil du Mékong dans le Nord du Laos

Arrivée au Laos à Houay Xay, petite ville frontalière au bord du Mékong.  Nous avons passé plus de temps qu’escompté en Thaïlande, et c’est le hasard du calendrier qui nous offre la bonne surprise d’arriver au Laos pendant de grandes fêtes annuelles. Ce weekend se déroulent trois fêtes traditionnelles :

  • « boun ok phansa » : la fin du carême bouddhique, après 3 mois de retraite les moines ont l’autorisation de sortir de leur pagode. C’est aussi la reprise des mariages.
  • « boun souang heua » : la fête des pirogues célèbre la fin des moussons. Pendant la fête on peut admirer des courses de pirogues ; malheureusement pour nous, nous arrivons juste après la course.
  • « boun that luang » : la fête des lumières, qui a lieu le lendemain de la fête des pirogues, est l’occasion de splendides illuminations.

Le soir toute la ville s’anime autour de stands de jeux ou de nourriture, de bars et de pistes de danse. Entre alors dans la rue principale un défilé de magnifiques bateaux, faits de bois et papiers colorés, et éclairés par des dizaines de bougies et encens. Chaque bateau est posé au sol, proche de la délégation de moines, enfin que les croyants viennent y déposer des bougies et offrandes. Ces bateaux sont fabriqués maisons par les bons soins de différents groupes de familles qui concourent pour obtenir le classement du meilleur bateau. Descendus sur les rives du fleuve, les mises à l’eau sont souvent accompagnés de nombreux feux d’artifices, de musiques et de chants,… et des centaines de lanternes s’élèvent vers le ciel. Dans la rue, toutes générations sont réunies pour chanter et danser, les verres de bières et de « lao lao » (alcool de riz) tournent gaiement.

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Nous rejoignons Luang Prabang en deux jours de navigation, tout en douceur, sur les eaux du fleuve Mékong. Les paysages défilent, majoritairement la forêt tropicale dense et impénétrable, mais aussi les scènes de vies dans les quelques hameaux isolés : des pêcheurs, des enfants qui jouent, des villageois qui entretiennent les parcelles de culture…

Différents types d’embarcations existent, nous optons pour le « slow boat » (bateau lent), au tarif le plus attractif. Parmi les autres embarcations existantes : les « speed boat » (bateau rapide) ; ces petits bateaux légers sont équipés d’une bonbonne remplie d’un produit améliorant la puissance du moteur et filent comme de vraies petites fusées sur l’eau. Les occupants, souvent allongés pour l’aérodynamisme, portent un casque de « moto ». Inutile de préciser que de nombreux accidents sont répertoriés !

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Deux jours après la fête des lumières c’est avec enchantement que nous découvrons de splendides illuminations dans le joli coeur historique de Luang Prabang. De grands dragons de papiers colorés ont été confectionnés, et sont illuminés chaque soir grâce aux guirlandes lumineuses qui parcourent leurs corps.

La petite ville coloniale de Luang Prabang mêle les charmes de constructions laotiennes et françaises avec de petites ruelles pavées, arborées et fleuries.

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Classée à juste titre au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO, Luang Prabang connait une forte fréquentation touristique. En arrivant nous sommes surpris par tous les affichages « à faire / à ne pas faire au Laos » ainsi que des affiches sur le respect et la bonne conduite à tenir lors de la quête matinale de nourriture des moines. Les affiches sont explicites et traduites dans une dizaine de langues : « rester de l’autre côté du trottoir », « garder le silence », « ne pas utiliser de flash », etc… Nous comprenons vite ces affiches, et nous sommes absolument choqués de découvrir le comportement sauvage des hordes de touristes qui viennent braquer leurs objectifs d’appareils photos sur le nez des moines. Même sans affiches, la notion de respect n’est-elle pas évidente ? Et que font les guides censés encadrer ces groupes !? Ecoeurés nous ne prendrons presque aucune photo de moines, ni de portraits sur les marchés.

Nous trouvons avec plaisir quelques héritages de la colonisation française : la pétanque que les lao ont largement adoptée et pratiquent avec un grand sérieux, et nous ne sommes pas mécontents également de trouver du pain baguette.

La nonchalance et la douceur du peuple lao nous séduisent. Sans même nous en rendre compte on adopte leur rythme lent et plaisant. Nous restons à Luang Prabang plus qu’escompté, partant chaque jour à vélo à la découverte d’une nouvelle cascade et randonnant dans les forêts environnantes. L’eau des cascades de Kuang Si et Sé nous surprennent par leur couleur : depuis leurs sources ces cours d’eau s’écoulent sur de nombreuses roches calcaires, se chargeant en particules de carbonate de calcium qui lui confèrent une magnifique et surprenante couleur turquoise.

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Dans cette région Nord, et ce sera ainsi pendant tout le Laos, d’immenses papillons croisent nos routes et chemins, certains sont si grands qu’on croiraient voir venir des oiseaux.

Papillons

Ayant trop trainés dans la région de Luang Prabang, nous prenons un bus de nuit pour rejoindre Vientiane. La capitale du Laos est une petite ville à taille humaine. On y découvre avec délice plusieurs bonnes boulangeries françaises, après 8 mois sur les routes, inutile de préciser qu’on craque pour un bon croissant croustillant au bon goût beurré. Le temps nous faisant défaut, nous devons choisir entre pédaler au fil du Mékong ou pédaler dans le Sud du pays. Attirés par le Sud nous faisons un nouveau saut de puce vers Paksé pour aller parcourir le plateau des Boloven et les 4000 îles.

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Quand il n’a pas de sacoches Nicolas se transforme en tuk-tuk pour personnes âgées !!

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 Ombrelles sur le marché

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Bienvenue au « pays du sourire »

Arrivée à Bangkok avec l’équipe nationale kazakhe de cyclisme sur piste, nos vélos sont en bonne compagnie dans les soutes. Après le remontage des vélos, sous le regard amusé des chauffeurs de taxi, on se lance vers la grande mégalopole thaïlandaise ; sans oublier de rouler à gauche…!!

Nous craignions un peu les 40 kilomètres de ville qui nous séparent du centre mais nous avons la bonne surprise de découvrir que les thaïlandais sont très courtois au volant.

La ville regorge de multiples petites échoppes et de stands de toute sorte sur les trottoirs. L’odeur des fruits exotiques sur les étals, et des petits plats mijotés dans les petits stands ambulants, mettent tous nos sens en ébullition.

Bien qu’elle touche à sa fin, c’est encore la saison humide et nous sommes vite mis au parfum : un déluge de mousson tropicale s’abat sur nous et nous sommes détrempés en l’espace de quelques minutes.

Nous restons quelques jours seulement à Bangkok pour apprécier cette jungle urbaine et son impressionnant univers de gratte-ciels dans les quartiers d’affaires. Cette ville est en mouvement permanent : foules déambulantes, « skytrain » (métro aérien) zigzaguant entre les immeubles au dessus des rues,  va-et-vient des « tuk tuk » (petit taxi à trois roue), taxi-bateau sur les cours d’eau… une véritable fourmilière urbaine !

Le quartier routard qui prend vie chaque nuit, est une invitation aux ivres exploits d’une population touristique endiablée. En marge de cela une belle sérénité se dégage des temples bouddhistes. Quelle ville de contrastes.

Visa philippin obtenu en moins de 24h à l’ambassade de Bangkok, une facilité et rapidité qui contraste avec notre malchance d’Asie Centrale. Notre chat noir nous a t-il enfin quitté ?! Courte escale car nous nous envolerons de Bangkok pour rejoindre les Philippines en décembre, nous prendrons le temps de visiter à notre retour.

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Ne souhaitant pas pédaler une centaine de kilomètres pour sortir de cette jungle urbaine, nous prenons le train pour rejoindre l’ancienne capitale d’Ayutayah située à 80km au Nord de Bangkok. Nous avons plaisir à découvrir l’ambiance des gares du monde et à tester les trains pour nous mêler aux populations de voyageurs. Calme petite bourgade, Ayutayah est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Au rythme des coups de pédales nous découvrons la beauté des vestiges de ses temples.

Reprise de la route à vélo pour rejoindre Lopburi, nous sommes toujours dans la plaine encore trop urbanisée à notre goût. Dans cette effervescence et cette chaleur humide, nous devons trouver un nouvel équilibre car le terrain ne prête pas au bivouac : il fait bien trop chaud et humide, mais surtout la Thaïlande pullule de serpents et nombre de surprenants arthropodes.

Chaque 5 kilomètres environ nous croisons de nouveaux spécimens de serpents (écrasés par les véhicules) : il y en a de très fins mais très longs, de courts mais dodus, de vivement colorés et de bien sombres, et quelques-uns qui sont gros comme le bras et d’une longueur qui dépasse de loin notre hauteur… Malgré nos efforts, notre fibre herpétologue ne germe pas, nous frissonnons toujours autant quand nous croisons nos chers amis rampants.

Dans les fossés et cours d’eau il y a également une grande population de varans malais, plutôt effrayés par notre présence ils détalent en nous voyant, nous laissant le temps d’admirer leur taille dépassant facilement les deux mètres.

Nous retiendrons peu des vestiges Kmers de Lopburi, la ville étant prise d’assaut par les singes qui leur ont volé la vedette. Ils sont à l’affut du moindre centre d’intérêt : un élastique à cheveux dans une chevelure bien coiffée, une bouteille dans un sac à dos,  une sandale laissée à l’entrée d’un temple, de la nourriture dans vos mains ou sur un étal, etc…. ils bondissent sur les passants, s’accrochent aux cheveux et/ou aux vêtements. Pour nous c’est profil bas, on a souvent changé de trottoirs dans cette planète des singes.

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Arrivés à Sukhotai qui fut capitale du premier royaume thaï indépendant. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, les vestiges et leurs parcs verdoyants sont superbement bien entretenus.

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Dans les campagnes isolées, où les habitants n’ont guère l’habitude des foules occidentales, nous sommes flattés de « hello » et de « welcome to Thailand » accompagnés de sourires resplendissants. Nous avons de belles conversations curieuses et désintéressées avec des personnes rencontrées en chemin. Dans un petit village nous sommes invités à dormir et à dîner à l’école, sur la route on nous offre des fruits… Un petit air d’hospitalité iranienne retrouvé avec plaisir, et grande surprise en comparaison avec les nombreux sites touristiques où l’appât du gain à pris le dessus. Qu’il fait bon sillonner les campagnes !

L’eau est omniprésente ici : rizières, cours d’eau, plans d’eau et autres zones marécageuses, dès que le soleil perce une chaude évaporation nous enveloppe. Traversant quelques forêts d’eucalyptus, nous avons la nette impression de pédaler dans un bain turc.

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Chiang Mai est un flot de milliers de touristes, de tous âges, de tous styles : groupes organisés, solitaires ou groupe d’amis, calmes aventuriers ou fêtards déchainés, occidentaux ventripotents aux bras de jeunes thaï, etc… Le marché nocturne est si bondé qu’on a de la peine à aligner un pas devant l’autre dans la foule. Les alentours sont une sorte d’immense parc d’attraction : cascades, parcs aux éléphants, accrobranche, randonnées en engins motorisés de toute sorte et randonnées chez les ethnies locales.

On s’échappe dans la verdure et le relief qui entoure Chiang Mai en allant nous perdre par de petites routes et chemins. Nous y retrouvons avec bonheur du calme, de la nature, de beaux paysages, un rythme agricole serein, et de magnifiques cascades.

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Nous traversons le « Triangle d’Or », autrefois connu pour son trafic d’opium, pour rejoindre la frontière avec le Laos.

Notre connexion web n’est pas très rapide depuis un mois, nous actualiserons plus dignement ce blog de nouvelles écrites et d’images depuis Bangkok début décembre !

Steppes dorées d’Asie Centrale

 

Un mois riche en découvertes et rencontres dans les steppes d’Asie Centrale pendant lequel nous avons délaissé le blog. Aujourd’hui nous sommes donc fort généreux en nouvelles. Bonne lecture !

En ce 1er septembre, c’est un splendide enchainement de sommets enneigés qui nous accueille à notre atterrissage à Almaty. La principale ville kazakhe est dominée par le pic Talgar haut de 4973 mètres, point culminant de la chaine Trans-Ili Alataou (chaine faisant partie des fameux Monts Tian, ou Monts Célestes).

Nous nous installons dans un logement partagé avec des familles kazakhes et c’est avec la bonne assistance d’une bande de joyeux bambins déchainés que nous remontons nos vélos. Nos cartons d’emballages de vélos sont vite transformés en cabanes dans des explosions de cris et de rires.

Enfants kazakhsRoute vers le Kirghizistan. Passage de frontière presque expéditif. Nous entrons au Kirghizistan et faisons seulement une escale rapide à Bishkek, la capitale.

Puisque nous n’avons pas obtenu notre visa chinois une première fois, et puisque visas et compagnies aériennes nous ont fait traverser bien des déboires, fait perdre beaucoup de temps et d’argent, nous visons dorénavant la sérénité. Notre poursuite hivernale de voyage est inchangée, dès la mi-décembre nous explorerons un des plus grands sanctuaires animaliers de la planète : fonds marins, massifs karstiques, mangroves et villages de pêcheurs, aux Philippines. Même si au départ nous étions un peu froissés de prendre des avions, à présent c’est décidé, nous profiterons de nos derniers mois à vélo sans contraintes de visas, sans paiement de « bakchich », sans perte de temps dans les ambassades, nous pédalerons une boucle vers le Nord de la Thaïlande, le Laos et le Cambodge.

Ce 7 octobre nous arrivons au « pays du sourire » : la Thaïlande !

Depuis Bishkek et la verte vallée de la Chu nous entamons notre ascension, en pente légère. A Koshkor, nous nous installons pour deux nuits dans une charmante maison fleurie. Les maisons d’hôtes sont nombreuses au Kirghizistan, occasion idéale de partager le quotidien de familles kirghizes.

Kochkor possède un marché aux bestiaux qui est certainement de modeste taille en comparaison aux grands marchés d’Asie Centrale. Mais pour nous son atmosphère est la représentation des anciens marchés d’Asie Centrale. Chaque espèce a son quartier : chevaux, vaches, moutons et chèvres. Grouillant de vie, bruyant, odorant, tous les sens sont en éveil. On ne sait plus où porter le regard. On ne sait plus si on doit rire observant un mouton bien gras essayant de se faire la malle poursuivi par un éleveur désemparé, ou s’attrister de voir de pauvres bêtes se faire trainer par les pattes et jeter dans les remorques telles de vulgaires sacs à patates.

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Pour rejoindre le lac Song Kul nous optons pour une piste hors carte. Les paysages sont à couper le souffle. Par contre les derniers kilomètres ne sont pas tout à fait adaptés à nos montures chargées. Nous battons notre record de lenteur avec 4h pour franchir 4km, sur piste de pierres roulantes, avec une inclinaison maximum de pente enregistrée à 31% sur nos compteurs. Cent mètres par cent mètres, nous poussons à deux chaque vélo, un par un. Même si nous parcourrons plus de kilomètres nous atténuons ainsi les efforts par moitié.

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3300 mètres enfin le col ! Nous sommes littéralement scotchés par la vue qui s’ouvre : le lac d’un bleu turquoise entouré par l’immensité dorée des steppes parsemées des quelques yourtes restantes en cette fin d’été. Spectacle absolument magique !

Sur les derniers 100 mètres nous avons l’assistance de Zamir, un berger en attente du camion qui rapatriera sa yourte vers sa ferme d’hiver. Cela fait plusieurs heures qu’il nous observe à la jumelle. Nous nous installons sur l’herbe pour bavarder et rigoler avec Zamir, dans un langage propre à nous trois, inventé pour l’occasion, mais qui fonctionne parfaitement bien. Nicolas fait même sa toute première montée en selle ; il ne pouvait rêver meilleur lieu pour ce baptême. Combien de temps sommes nous restés à bavarder avec Zamir au col ? Deux ou trois heures peut être. Impossible de le savoir. Parfois le temps s’arrête de tourner pendant ce voyage. Nous nous octroyons le luxe de la lenteur.

Magnifique descente vers les immensités steppiques entourant le lac. Il se fait tard et la fatigue nous gagne alors nous nous dirigeons vers une yourte pour demander à la famille l’autorisation de camper à proximité de leur camp. Réponse aussi immédiate que spontanée, ils nous proposent de planter notre tente à coté de leur yourte.

La famille est installée au bord de la rivière, affairée à une curieuse entreprise, faisant fumer un tonneau de bois. Voyant nos regards intrigués, ils nous expliquent qu’ils préparent du « koumis » : la boisson nationale kirghize, breuvage de lait fermenté de jument. Traite des juments, regroupement des troupeaux, préparation du koumis… nous partageons la vie des bergers des hauts plateaux, sous les lumières du soleil couchant ; l’atmosphère est tout simplement féérique !

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Sous la yourte la mère de famille, ne cesse de s’activer : veillant à ce que la table ne désemplisse pas de biscuits, pain, beurre et crème fraiche, à ce que les tasses de thé soient toujours alimentées, préparant le repas et le pain frais, s’occupant du feu… Les trois garçons sont envoyés à remplir les bidons au cours d’eau et à remplir la réserve de bouses séchées, nécessaire à alimenter le poêle, car il fait drôlement froid en dehors de la yourte.

La maman a concocté le dîner pour nous, la famille et un voisin. Flattés de tant d’hospitalité nous dégustons le délicieux repas bien qu’il s’agisse d’une première pour nous : de la viande de cheval. Par conviction personnelle jamais nous n’en avions, ni n’en aurions, mangé volontairement. Mais sous la yourte, offert avec tant de grâce, nous nous sentons honorés.

Deux vieux messieurs débarquent en véhicule pour livrer quelques biscuits et de la vodka. Nous ne comprenons pas un mot de ce qui se dit mais toute la famille est comme captivée par leurs paroles. Arborant fièrement le « kalpak » (chapeau traditionnel de feutre blanc), portant un long bouc blanc, caressé entre chaque réflexion : quelle prestance ! Tout porte en effet à marquer le plus grand respect pour ces anciens. Les rituels bols de thé et de koumis leur sont remis, ainsi que le bon pain frais, avant qu’ils ne prennent congés.

Nous avons vite usé et abusé de notre maigre lexique russophone. Abrutis par les efforts de la journée, par les émotions de ces panoramas et rencontres exceptionnels, nous passons la soirée dans une observation hébétée mais comblée. Nous ne manquons rien des allées et venues sous la yourte, des gestes et activités, des regards et sourires…

Cette nuit dans la tente nous enregistrons -7°. Au petit matin notre petite guitoune et nos fidèles vélos scintillent d’une belle couche de givre.

Nous reprenons la route le ventre plein de délicieux thé au lait tout juste sorti des pis, et de tout aussi frais pains, beurre et crème fraiche.

Après avoir longé les grandes étendues steppiques du bord de lac, un col à 3346 mètres nous fait basculer sur un splendide paysage de type alpin. Une multitude de lacets nous attend. La piste est toujours de mauvaise qualité mais nous verrons par la suite que ce n’est que le commencement d’une longue et éprouvante piste de plusieurs centaines de kilomètres.

Col descente Song Kul 2

En direction de Kazarman, un spectacle chimérique nous entoure. Peu à peu nous sommes plongés dans un décor lunaire. Nous avons grand peine à en profiter en pédalant car il suffit d’une seconde à se laisser aller à l’observation de ce qui nous entoure et on se lance dans un cocasse jeu d’équilibriste pour essayer de se maintenir en selle. La piste est tantôt jonchée de galets et autres pierres roulantes, tantôt sableuse, et tantôt en vaguelettes comme de la taule ondulée qui nous donne une tremblote qui se maintient même une fois descendus de vélo.

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Nous parcourons difficilement 40 à 50km par jour enchainant les cols entre 2200m et 2800m d’altitude. Après cinq jours de vélo  nous atteignons Kazarman. La pluie nous donne la bonne excuse d’une pause, chez l’habitant. Adorable famille d’instituteurs, nous passons des heures à discuter dans un bon anglais.

A cette température pluie à 1300 mètres signifie inévitablement neige aux cols, hors nous devons passer un col à 3000m pour rejoindre la vallée du Fergana. Une nouvelle précipitation est attendue trois jours plus tard, 600 Km nous séparent encore de Bishkek, mais nous devons avancer et puis nous savons que le tracteur doit déblayer le col. Malgré les conseils de la famille de ne pas le tenter, nous nous préparons à partir le lendemain, vivres achetés, repas préparés d’avance, motivation gonflée à bloc… Arrive alors à la nuit tombée un couple de polonais : ils ont mis 11 heures à franchir le col, en taxi. Nous visualisons leurs vidéos et leurs photos, écoutons leurs récits et les conseils très vifs de la mère de famille ; c’est entendu nous passerons le col en véhicule.. A bord du véhicule nous avons un gros pincement au coeur en franchissant le col, nous aurions aimé pédaler dans la neige, mais le terrain était réellement difficile, nous aurions souffert avec nos vélos chargés.

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Arrivés à Jalal Abad, dans la vallée du Fergana, nous avons à peine repris nos vélos qu’une voiture nous accoste, s’arrête pour nous inviter à dormir. C’est absolument inattendu, mais un bon ressenti et un soupçon de curiosité nous poussent à le suivre. Hamdam est ouzbek. La vallée du Fergana, dont les frontières ont été tracées en forme d’entrelacs, est un méli-mélo de Kirghizistan, Ouzbékistan et Tadjikistan où se mêle quantité d’ethnies différentes. Dans cette région kirghize les ouzbeks représentent entre 40 et 50% de la population. Tenant un café-restaurant Hamdam nous offre les meilleures grillades que nous avons mangé, de longue date. Hamdam est aussi un passionné d’activités de montagnes et de vélo, on se régale de ses belles photos de trekking et sorties à vélo. Nous repartons avec un gros pot de son « dopant sportif » : une excellentissime confiture de myrtille, issue de cueillettes en montagne.

La vallée du Fergana est extrêmement fertile, irriguée par des canaux, les champs de culture sont à perte de vue : maïs, tournesol, melon, pastèque, et le très fameux coton du Fergana.

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Fleur de coton

Seules deux étapes dans la vallée et nous sommes déjà en train de grimper vers les hauteurs. Un nouvel enchainement de cols nous attend pour rejoindre Bishkek. La route remonte de splendides gorges que nous pouvons admirer sans crainte d’être basculés au sol,  car dorénavant le bitume facilite considérablement notre avancée. De nombreux troupeaux descendent des estives empruntant la route principale.

Passant un col avant l’arrivée au réservoir d’eau de Toktogul, nous plongeons  droit dans un orage, des éclairs transpercent un inquiétant ciel noir. Nous savons qu’il n’y a guère d’endroit où se mettre à l’abri dans les 30 kilomètres à venir. Alors qu’on vient juste de s’arrêter pour en discuter tous les deux, un poids lourd s’arrête pour nous embarquer. Reflex instinctif, sans rien demander en retour. Hospitalité et entraide aussi simple que spontanée. C’est ainsi que nous a accueilli le Kirghizistan tout au long de notre traversée.

Transhumance en semi-remorque, les vélos se retrouvent en compagnie d’un troupeau de mouton et d’un âne. Nous devons insister pour descendre au village, le chauffeur ne comprend absolument pas pourquoi nous n’acceptons pas de faire route jusqu’à Bishkek avec lui. « Franchir des cols à vélo, sous la neige!!? ». Non vraiment, ça le dépasse complètement !

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Ce petit saut nous permet de passer la nuit à l’abri de pluies et orage, et par la même occasion de rattraper Kevin et Juliette, le joyeux tandem avec qui nous avons déjà fait un bout de chemin en Iran. Nous repartons tous les quatre le lendemain, motivés à franchir un beau col enneigé.

Une fois de plus notre motivation est chamboulée, ce n’est pas la neige qui nous stoppe cette fois, mais on se fait littéralement terrasser par un bol de manti (sorte de raviolis kirghizes). On ne vous fait pas de dessin, les effets secondaires d’une nourriture peu fraiche peuvent être dramatiques. Après un joli bivouac en bord de rivière, nous devons laisser Kevin et Juliette poursuivre sans nous le passage de col, et entamer leur route vers Kochkor. De nouvelles précipitations sont attendues pour le lendemain, alors après trois belles semaines sans réelle pause, nous poursuivons à bord d’un poids lourds vers Bishkek. Ainsi nous avons quelques jours de convalescence et de préparations, sans empressement, avant de prendre notre avion vers Bangkok. Ces trois jours d’avance nous permettent d’arpenter Bishkek. Comme souvent lorsque nous sommes en villes, nous passons des heures à nous perdre dans le bazar. Véritable labyrinthe d’échoppes et étals en tous genres, où s’entremêlent d’enivrantes odeurs d’épices, de fromages et de fruits ; une belle conclusion à notre périple en Asie Centrale.

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Vendeuse de « nan », les délicieux pains kirghizes 

 DSC_5613Adorable compagnon de vélo

 DSC_5342Tapis en feutre traditionnel kirghize